Il faut dire qu’au tout départ, lorsque le gouvernement a annoncé la fin de la publicité sur le service public après 20H, j’ai tout de suite pensé à un pacte avec l’ami du président, Martin Bouygues. On allait tuer le service public… mais à qui profitait le crime, sinon à TF1 ?
Et effectivement, c’était bien le cas. Mais cela ne s’est pas passé exactement comme prévu. TF1 et M6 auraient dû bénéficier de cette disparition de la publicité du service public à partir de 20 heures pour engranger de l’argent, avec des recettes publicitaires copieusement augmentées. Mais cela ne fonctionne pas toujours de façon aussi simple, voire simpliste. Moins de publicités ne veut pas dire publicité plus chère, et au contraire, puisque la loi de l’offre et de la demande s’applique aussi à l’univers télévisuel. Et du coup, le gouvernement réalise une des plus belles réformes, que la gauche aurait sans aucun doute rêvé réaliser un jour. Ils n’en ont pas eu le temps, ou le courage.
Mais ne soyons pas dupes pour autant, la démarche gouvernementale ne visait pas à améliorer le confort du téléspectateur, mais bien à déposséder le service public de ses rares recettes en dehors de la redevance, pour mieux servir les deux principales chaînes privées hertziennes, qui se plaignaient déjà de l’arrivée de la TNT et du gâteau publicitaire à partager avec plus de convives.
Puis, en plein mois de juillet, on apprend par le biais de la presse qu’une enquête a été menée par la commission de Bruxelles, qui s’interroge sur les finances des chaines de télévision publiques, et sur l’aide de l’Etat français, assimilée à une concurrence déloyale.
Là encore, j’ai immédiatement pensé à des tractations de TF1 et M6, en mauvais perdants, visant à dénoncer leurs concurrents publics, se sentant sans doute lésés dans cette affaire.
Là où les choses prennent une nouvelle direction, c’est lorsque le groupe France Télévision annonce ses recettes publicitaires pour l’année en cours : 330 millions d’euros. Là, les dirigeants de M6 ont beaucoup moins ri, d’autant que nous sommes dans un contexte de crise… D’ailleurs, coïncidence, TF1 et M6 n’ont toujours pas versé la taxe visant à compenser le manque à gagner du service public télévisuel. De vrais belliqueux. Et cela ne fait qu’accentuer mes soupçons concernant l’enquête de la Commission Européenne. Et M6 plus que TF1, car en dépit du bon score audimat de « la petite chaine qui monte », en matière de publicité, les annonceurs ne s’y trompent pas « y’en a qu’une, c’est la une ».
La rentrée risque d’être épique, car TF1 et M6 renouaient avec les bons scores d’antan en pleine période estivale avec des financements au rabais qui plus est. Même le journal de 20 heures a repris du poil de la bête, avec son animateur toujours prompt à faire des clins d’œil au téléspectateur. Mais c’était compter sans Canal+ et ses Guignols qui sont de retour, et jouent une sorte de mécanique extraordinaire qui détourne les téléspectateurs pour les guider jusqu’au programme excellent d’Arte d’une part, « plus belle la vie d’autre part ». Et le reste est partagé entre TF1 et France 2. Et c’est dans ce créneau que la chaine M6 rêve d’imposer son vrai journal de 20 heures…
Messages étiquettés TF1
La chaîne culturelle TF1 a plus d'un tour dans son sac. Arte n'a qu'à bien se tenir. Il va y avoir de la concurrence. A partir du 27 avril, la plus grande chaîne culturelle française taclera Arte sur ses terres, en abandonnant La roue de la fortune et A prendre ou à laisser, pour faire place à deux concepts totalement innovants.
A 18H10, un nouveau venu sur nos petits écrans, Christophe Dechavanne, remplacera l'intellectuel Arthur, qui rejoindra un groupe de recherche cognitive dans une université dont on ne connaît pas encore le nom. Son émission conceptuelle "Une famille en or" quittera l'antenne. A 19H, la chaîne - audace oblige - a décidé de ne pas laisser nos cerveaux se reposer un instant (est-ce bien sage, juste avant le journal? je vous le demande!). C'est Jean-Pierre Foucault qui reviendra avec une autre émission conceptuelle et avant-gardiste "Qui veut gagner des millions".
Pour accompagner ces émissions sérieuses mais tout de même divertissantes, la chaîne culturelle a décidé d'arroser ceux qui la regardent d'une bonne dose de publicité, jusqu'à ce que leurs corps se tétanisent. La culture a un prix. Et à 20 heures, il ne restera plus aux cerveaux disponibles qu'à éponger le journal télévisé.