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Adieu Chorus
sept 23
Lorsqu'Isabelle Huppert, la dernière présidente du jury du festival de Cannes 2009 déclare "C'est comme Robin des Bois qui vole pour les pauvres ", au sujet des films téléchargés en Amérique du Sud, on peut s'attendre à ce que cela fasse grand bruit dans l'industrie du film.
Un revirement de situation?
Pourtant, lors du festival de Cannes, elle s'était prononcée pour la loi Hadopi (une loi qui prétend lutter contre le téléchargement illégal), en émettant certes quelques réserves sur son utilité.
C'est que cette loi est loin de faire l'unanimité. Sanctionner des personnes qui téléchargent des films - dont certains encore en salle - relève a priori du bon sens, au nom de la défense des droits d'auteurs. C'est même implacable. Que dirions-nous si, cinéastes ou musiciens, nous découvrions sur internet le fruit de notre travail partir gratuitement? Plus concret encore, imaginez un agriculteur cultivateur qui vendrait sa récolte de fruits et légumes, et qui s'en ferait piller une partie sur l'étal du marché? Le problème, c'est que c'est déjà le cas. Pas pour l'agriculteur, mais pour le musicien ou le cinéaste. Et ça a toujours été le cas d'ailleurs, avant internet. Mais internet a amplifié le mal, car si jusqu'à présent les majors s'enrichissaient sur le dos des artistes, il restait tout de même quelques miettes à ces derniers. Plus ils vendaient, plus ils touchaient un pourcentage. Mais s'ils vendent moins? Il est donc évident que le téléchargement illégal ne fait pas le bonheur des artistes.
Non à la marchandisation de la culture
Vous souvenez-vous des débats virulents qui ont opposé la France "au reste du monde" au sujet de la marchandisation de la culture? Les américains voulaient une concurrence sur tous les biens et services. La France a agité le drapeau de l'exception culturelle. L'intuition était bonne. Il aurait fallu l'accompagner d'un développement économique particulier, d'une réflexion particulière. Cela n'a pas été le cas, et de fait, avec le développement exponentiel de la machine internet sans en accompagner ses éventuelles dérives, la culture est devenue une marchandise comme une autre. Et quand les peuples de tous les continents ont faim de culture, faim de savoir, de connaissances, il devient logique, inévitable, qu'ils utilisent internet pour nourrir leurs pensées.
Et il en serait de même si notre agriculteur s'installait au marché, déposait sa marchandise, et partait sans surveillance. De même pour les librairies, les disquaires, les magasins de vidéo : s'ils ne surveillaient pas leur marchandise, les gens se serviraient gratuitement, par faim de culture.
Dans le fond, ce qu'a voulu dire Isabelle Huppert, ce n'est pas autre chose. Elle répondait à une remarque sur le piratage en Amérique du Sud et a répondu en ce qui concerne l'Amérique du Sud et la Chine, disant clairement qu'internet est le seul moyen de faire venir de grands films à des endroits ou les grandes majors ne l'auraient pas diffusé. Concernant la France et les pays occidentaux, la problématique n'est pas la même, car la fréquentation des salles de cinéma n'est pas en déclin (surtout en France) et les ventes de disques, si elles se sont effondrées, réservent cependant de belles surprises. Le problème tient plus au prix excessif des biens culturels, qu'au piratage, qui a toujours existé.
Ce qui dérange les majors, c'est que ce piratage soit à si grande échelle, et aussi facile. Il est a la portée de toutes et de tous. De l'adolescent de 13 ans à pépé et mémé. Tous vont piocher sur la toile. Mais à bien y regarder, les personnes qui téléchargent ont déjà vu le film au cinéma, vont aux concerts, payent une redevance qui inclue le prix de la diffusion de films, de musiques à la radio, ils payent également le prix de l'abonnement à un débit toujours plus vertigineux (pour quoi faire, sinon pour télécharger?), et payent pour du matériel informatique dont on leur a déjà taxé le stockage de masse (disques durs, DVD, dont l'argent aurait dû être reversé à des organismes de type SACEM pour revenir aux artistes...). D'un autre côté, les offres payantes s'apparentent à des organisations pirates, qui taxent le client : des albums payables par petit morceau, avec certains morceaux qui valent plus cher que d'autres (comme si l'artiste se disait qu'il allait écrire une chanson à 99 centimes d'euros, et une autre à 1 euro 30!). Sans compter que pour le prix d'un album, on n'a que du virtuel, plus de belles pochettes avec les paroles, les photos...
A quand une organisation mondiale qui réfléchirait sur la valorisation des artistes, et sur la juste répartition des prix en fonction des pays, et dans chaque pays, en fonction des moyens de chacun? En France, une personne soumise à l'impôt sur la fortune ou une personne non imposable payent la même taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur les biens culturels. Est-ce normal?
Bravo Isabelle Huppert pour cette courageuse prise de risque. Le risque est certes minime, mais il permettra sans nul doute de relancer le débat sur ce qu'est réellement le piratage. Il fut un temps où d'aucun aurait vu en internet un formidable vecteur culturel, une source de savoir partagée par touts les nations. Las! Aujourd'hui, ce que les gens voient, c'est une façon de se faire plus d'argent encore. Mais pas plus pour les artistes. Ces derniers seraient donc les seuls concernés pour réfléchir à une loi qui les protègerait, tout à donnant plus à ceux qui ont moins. D'où l'idée de "Robin des Bois" évoquée par Isabelle Huppert, car ce n'est pas d'autre chose qu'il s'agit...
Certains médias font feu de tout bois lorsqu'il s'agit de tirer à boulet rouge sur le la gauche en général, et le parti socialiste en particulier. Au cas où vous ne le sauriez pas, il y a une polémique estivale : le rappeur Orelsan n'est pas programmé aux Francofolies. Et les artistes, les médias s'indignent de cette déprogrammation. A l'origine, un clip illustrant son titre "Sale pute", un modèle du genre, dans lequel le jeune rappeur chante un texte d'une rare violence envers les femmes. Le texte, insoutenable, a été critiqué par de nombreuses associations, des politiques, des artistes. L'artiste, depuis, s'est excusé publiquement pour ces paroles, et il n'a jamais chanté cette chanson sur scène.
Et voilà que soudain, avec la déprogrammation des Francofolies, ce qui se fait le plus entendre, ce n'est pas les propos tenus (le clip circule toujours sur Internet, et l'artiste a tardé avant de présenter ses excuses, ce qui était plus perçu comme une tactique marketing liée à la pression de la maison de disques plutôt qu'un acte spontané et sincère), mais la déprogrammation. Et à votre avis, qui se cache - selon Jean-Louis Foulquier, fondateur du festival, derrière cette déprogrammation? Ségolène Royal! Et rien sur la teneur des propos.
Il est évident que cette censure n'est pas une bonne chose, mais cette question mérite plus qu'une conclusion aussi ridicule, privant un jeune artiste d'une prestigieuse scène d'une part, et stigmatisant une femme politique, parce que c'est dans l'air du temps, en lui prêtant des propos qui ne sont pas vérifiés, comme si, parce qu'il s'agit d'une femme, les médias pouvaient faire l'économie d'une enquête plus appuyée, et comme s'ils savaient déjà que de toute façon, leur toute puissance les mettra à l'abri de toute poursuite. On peut dire ce que l'on veut sur les politiques, mais on ne s'indignera jamais de propos aussi détestables que ceux véhiculés par le texte de ce chanteur. A suivre...