Il faut comprendre les enjeux de ces assises. "Les états généraux de la sécurité à l'école", préférable aux "assises contre la violence à l'école", se sont clôturés hier à la Sorbonne. Tout un symbole. Les établissements scolaires en grande difficulté sont situés en zones périurbaines, dans certains quartiers des grandes villes, ou en zone rurale, mais la réflexion sur le thème de "la violence à l'école" est toute parisienne. Et, sans réelle surprise, les propositions de Luc Chatel, qui a clôturé ces états généraux, reflète une vision dépassée de la place de l'école dans notre société.
Parmi les propositions mises en avant, il en est une pour laquelle on est en droit de se demander comment elle sera reçue dans le milieu scolaire, par ses principaux acteurs. Cette proposition est celle qui entend former les enseignants à la gestion des conflits et à la prévention contre la violence. A priori, cela pourrait être une bonne idée, or sur le terrain, elle ne sera pas sans poser un certain nombre de questionnements.
C'est un aveu de faiblesse pour le ministre. Imaginez que des pirates sabotent de façon régulière des bateaux de pêche. Les pêcheurs accepteraient-ils d'avoir pour réponse à ce problème un stage de protection des bateaux qui leur expliquerait comment se faire discret en cas d'approche suspecte, et le cas échéant comment neutraliser les vandales?
Il fut un temps où les enseignants étaient protégés par la République, respectés dans leurs fonctions. A présent, ils doivent se protéger eux-mêmes? Triste sort, et belle illustration de la poursuite de la diffusion de l'individualisme dans notre société française jadis solidaire. Sans parler du curieux paradoxe à vouloir ajouter des modules de formation, alors même que la réforme des IUFM porte atteinte à cette même formation qui privera les enseignants d'un face à face avec les élèves, et qui les fragilisera plus encore lorsqu'ils arriveront dans leur établissement d'affectation.
Une autre proposition consiste à augmenter le nombre d'équipes mobiles de sécurité. Ces équipes mobiles ont leur utilité. Mais là encore, certains établissements scolaires préfèreraient une équipe stable et solide, des effectifs réduits en classe, un taux d'encadrement important. Lorsque l'on veut la sécurité pour les élèves et le personnel, il faut en payer le prix. Les équipes mobiles constituent un élément possible d'apaisement dans certains cas, mais ne sauraient résoudre tous les problèmes qui se présentent de façon très différente aux établissements.
Concernant le sort des élèves en souffrance, en difficulté, peu adaptés à certains établissements scolaires, rien n'est dit. Pas plus que pour les élèves perturbateurs que subissent les enseignants, la vie scolaire, parce qu'aucune autre proposition ne peut garantir sa continuité scolaire. Les pistes sont à rechercher en direction d’établissements adaptés, les internats d'excellence mériteraient de se multiplier en lieu et place des équipes mobiles. De même, des structures ou dispositifs comme les SEGPA, l'alternance, les classes relais, les internats relais ne sont pas adaptées aux règles d'admissions qui nécessitent l'accord des élèves!
Rien non plus sur les suppressions de postes qui hypothèques à moyen terme tout espoir d'une école sanctuarisée.